TARSANA ترسانة

Sukhoï, Mig, et T90 russes ou J20 et navires chinois, la shopping liste de l'Iran.

Questions de Raphaël MEIER

Réponses de Bassam ECHO

R: Tout le monde parle de la fin de l'embargo onusien sur les armes pour l'Iran ayant expiré le 18 octobre dernier, alors, va t-on assister à une course à l'armement d'après toi ?

Tandis que beaucoup d'observateurs ont conclu que Téhéran va se lancer dans une politique d'achat frénétique d'armement, s'appuyant dans leur vision sur son énorme appétit pour des systèmes et technologies dont elle est privée depuis plus de 15 ans.

D'autre analystes pensent que la fin de l'embargo va surtout offrir à l'Iran l'opportunité d'exporter ses propres productions d'armes. Leur raisonnement se base sur l'estimation que l'Iran est autonome à hauteur de 85% grâce aux efforts de son industrie de défense et que les exportation de cette dernière va générer une source de rentrée de devises étrangères.

R: Quelle est la position officielle de Téhéran là dessus ?

La déclaration du ministre des affaires étrangères iranien Jawad Zarif qui a suivi la fin de cette interdiction, n'est pas venue seulement pour démentir ces deux visions analytiques. Lorsque le représentant du gouvernement iranien se montre rassurant envers ses voisins du Golfe en affirmant que l'Iran ne veut pas se lancer dans une course d'armement régionale, il a également visé un autre objectif plus prosaïque. Son message était également adressé à ses deux partenaires stratégiques que sont la Chine et la Russie.

Ses deux visions paraissent contradictoires entre elles et incompatibles avec la déclaration de Téhéran. La réalité, s'il en existe une, est forcément plus nuancée. Les trois approches sont relativement justes et complémentaires.

Ainsi, les tenants de la première théorie ont raison quant aux besoins des forces armées iraniennes. Il est évident que les iraniens vont chercher à étoffer leur armement en complétant le spectre de ce qu'ils possèdent par le haut. C'est à dire qu'ils ne vont effectivement pas chercher une redondance en achetant des chasseurs de troisième génération qu'ils sont déjà capables de produire et qu'ils alignent déjà dans leur arsenaux, cela vaut aussi pour leurs chars ou pour des sous-marins légers qu'ils ne cessent d'améliorer et dont ils projettent des designs de classe supérieure. Mais soyons lucides ! L'Iran est incapable dans l'état actuel de concevoir sans aide extérieure des systèmes plus complexes de quatrième ou cinquième génération.

ll est vrai que la République Islamique a atteint un niveau élevé d'autosuffisance, et que ses fabricants lui procurent 85% de ses fournitures, mais même les nations riches et avancées industriellement, sont obligées de compléter leurs arsenaux par des fournitures étrangères. Cela vaut pour les grandes puissances européennes qui ne peuvent pas se passer de l'apport technologique américains ou bien ils dépendent des composants que leurs vend leurs allié. Les américains eux même achètent des composants israéliens. Même les russes ont collaboré avec l'Italie pour la conception de leur Yak-130 qui a beaucoup en commun avec l'avion d’entraînement avancé et d'appui au sol M-346. En résumé, si même la Chine a besoins d'acquérir des systèmes de défense en

Russie ou ailleurs, l'Iran ne peut pas échapper à cette règle.

R: C'est à dire que l'Iran va surtout acheter ce qu'il ne produit pas lui même, c'est tout à fait logique, mais pourquoi tu parles d'un double langage envers ses alliés sino-russes qui sont apparemment ses principaux fournisseurs ?

La position officielle de Téhéran qui affirme ne pas vouloir se lancer dans une course à l'armement, n'a pas pour but de rassurer les monarchies du Golfe qui prônent ouvertement une alliance avec Israël. Çà n'aurait aucun sens, car ces voisins arabes dépensent largement plus dans leurs armements et leurs budgets de défense représentent environ 17 fois le budget de défense iranien. La course à l'armement a donc bien lieu depuis des années, vu les montant colossaux que Riyad ou Abu-Dhabi sans parler des autres capitales du Golfe investissent. Non, cette affirmation iranienne n'a qu'un seul but, celui de dire à ses deux potentiels fournisseurs qui sont Moscou et Pékin, de ne pas se frotter trop les mains. La manœuvre déclaratoire iranienne cherche simplement à mieux négocier. Les russes particulièrement ne sont pas dupes et savent exactement ce dont a besoin l'Armée Iranienne. Mais les iraniens sont des habiles négociateurs et veulent avant tout obtenir des transferts de technologies.

R: Concrètement, qui est concerné par la montée en puissance ? En d'autre terme, à quelles unités ou formations le programme d'acquisition va profiter ?

Remarquez que j'ai évoqué l'Armée Nationale Iranienne et non pas le corps des Pasdaran autrement dit, Les Gardiens De La Révolution. Cela découle de plusieurs facteurs qui seront énoncés dans un raisonnement que je développerai ultérieurement.

On peut donc conclure que l'Iran n’achètera pas massivement les systèmes étrangers, mais complétera son arsenal indigène avec des armes à prévalue qualitative. On peut imaginer par exemple le scénario suivant : Les forces aériennes iraniennes continueront de compter sur leurs avions de fabrication locale tel que l'Azaraksh ou le Saega de troisième génération, pour pouvoir aligner des centaines d'appareils et constituer la colonne vertébrale de l'aviation de combat. Mais dorénavant, ils peuvent aussi compléter leurs dispositif par quelques dizaines d'appareils importés plus avancés, pour constituer 4 ou 5 escadrons d'élite et de supériorité aérienne.

C'est le même cas de figure avec les chars, les troupes blindées seront toujours équipées massivement de tank Zulfiqar ou Karrar. Ce dernier est un char moderne de conception national et non pas une copie comme le premier. Mais les meilleure unités blindées seront sûrement équipée par 200 ou 300 machines étrangères de ce qui se fait de mieux dans le monde. La preuve la plus probante de ce que j'avance ici, est le fait que l 'armée iranienne et le Corps des gardiens de la révolution islamique ont commandé 800 chars d'assaut de fabrication locale, notamment des Karrar. Cette nouvelle a rapporté le mercredi 18 juillet, par la télévision publique.

le vice-ministre de la Défense, Reza Mozaffari-Nia , a déclaré :"L'Iran construit 50 à 60 tanks par an comme l'exigent l'armée et le Corps des gardiens de la révolution islamique". L'Iran a d'ailleurs déjà présenté le Karrar , en mars 2017. Al Karrar qui veut dire en arabe et perse l'Assaillant), est un tank amphibie iranien sophistiqué et intègre des technologies nationale.

R: Il n' y aura donc pas de plan d'importations massives, La République Islamique va juste acheter une portion de son arsenal à l'étranger et ça concerne en gros le haut de gamme pour compléter ce qu'elle produit massivement ?

Ce ratio entre équipement national et étranger peut varier selon les domaines concernés. Il est sûrement inversé quand il s'agit d'hélicoptère de combat lourds. Il est notable de souligner que l'Iran qui produit des sous-marins, des fusées spatiales et satellites et qui produit aussi des hélicoptère de transport, ne produit aucun appareil d'attaque lourd. Il y a bien un hélicoptère d'attaque qui est produit, mais c'est une version inspiré du Cobra AH-1 américain. Donc un appareil léger dont la conception est ancienne et aucun équivalent du Long-Bow Appache américain acquis par les saoudiens. Donc la question de savoir si l'Iran achètera des hélicoptères d'attaque lourds ne fait aucun doute, c'est plutôt de savoir combien et quoi Téhéran va commander. Est-ce le Mil Mi-28 Night Hunter ou le K-52 Aligator, que les iraniens vont choisir ? J'ai ma propre idée la dessus, mais je développerai ce sujet par la suite.

Il sera plus difficile de répondre sur la question du choix sur les futures chasseurs-bombardiers, car les options ouvertes sont beaucoup plus nombreuses, Mig-29 ou 35, Su-30 ou le Sukhoï 35 semblent les concurrents les plus évidents du coté russe. Coté chinois, le J-20 devrait être le seul appareil à séduire les iraniens, vu que le J-11 n'est que la copie chinoise du Su-27 SK russe et que les ingénieur iraniens sont tout à fait capable à terme, de réaliser un chasseur léger tel que le Chengdu J-10. Mais là aussi la question reste à développer.

R: Quelle sont sont les opportunités d'exportation pour Téhéran, quel types de matériels ou de systèmes et à quel pays pourra t-il les exporter ? Sachant les problèmes liés au lobbying américain ou israélo saoudien...

Les inconnues de l'équation sont également les matériels que l'Iran pourra exporter et qui seront ses clients. Tout récemment, des sources étatiques et officielles ont annoncé la livraison d'armes iraniennes au Venezuela, par avion cargo et en transitant par la Tunisie. Sans donner plus de détails sur la nature de la cargaison. Nous pouvons cependant déduire par le chois du moyen de transport qu'il ne s'agit pas de chars ou de sous-marins léger. Plus sérieusement il pourrait s'agir de missiles balistiques Sejil, Fateh-110 ou Shahab 3 mettant le territoire américain à porté de tir et constituant un vrai apport stratégique pour Caracas, ou plus modestement de systèmes de défense aérienne Bavar 373 ou le Sayad.

Le client sud-américain qui est alimenté également par le carburant iranien, pourrait aussi avoir commandé des appareils de guerre électronique dont les iraniens ont déjà prouvé la fiabilité à plusieurs reprise, surtout avec la capture très médiatisée des drones américains qu'ils ont réussi à détourner au moins à deux reprises. L'année passée une aide cybernétique iranienne a aidé à contrer les attaques informatiques contre les barrages électriques et des charges électro-magnétiques pour surcharger les réseaux à haute tension du Venezuela.

Il y a bien-sure d'autres clients potentiels. Il est connu que Téhéran fournit depuis longtemps et gratuitement des organisations non-étatiques comme le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yemen, le Hachd en Iraq ou le Jihad palestinien ainsi que le Hamas et bien d'autres encore parmi lesquels, on peut citer les Fatimiyouns en Afganistan. Mais cette fois il s'agit d'accord entre gouvernements et d'exportation officielles, tout comme pour la Syrie .

R: Le choix des fournisseurs ou des clients répond donc à des critères politiques d'alignement...mais cela n'impacte pas les décision quant aux choix des systèmes ?...C'est à dire, si on achète ce système coréen plutôt que ce système serbe, c'est pour des raisons de relation privilégiée et non pas pour le système lui même ?

Pour répondre à toutes ces questions, dans une prochaine analyse, nous allons essayer d'étaler les possibilités et les opportunités qui influenceront les choix iraniens et ceux de leurs partenaires.

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