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Le Pakistan ambitionne de devenir la troisième puissance nucléaire au monde.

Le Pakistan ambitionne de devenir la troisième puissance nucléaire au monde.

 

Le chercheur japonais spécialiste en défense et en sécurité Kyle Mizukami , qui écrit habituellement pour le Foreign Policy, The Daily Best, et pour Diplomat, a publié un article dans The National Interest, titré : Le programme d'armement nucléaire du Pakistan est vraiment terrifiant.

 

Monsieur Mizukami est considéré comme une référence en Asie. Il a fondé au Japon une chronique consacrée à la défense et la sécurité. Il s’appuie dans son analyse sur les études d'institutions connues telle que Carnegie Institut et le Stimson center.

 

L'analyste pense que la complexité de la situation vient du fait que le Pakistan est géographiquement situé entre la Chine, l'Inde, l'Afghanistan et l'Iran, une région où règnent divers problèmes de sécurité.

 

Selon l'écrivain, le Pakistan est l'un des neuf pays connus pour posséder des armes nucléaires, développant constamment son arsenal et sa doctrine nucléaire pour faire face aux menaces perçues. Le Pakistan est une puissance nucléaire depuis des décennies et essaie maintenant de construire sa propre trinité nucléaire, rendant son arsenal nucléaire flexible et capable de frapper en représailles dévastatrices.

 

Il met en exergue les capacités nucléaires terrestres, aériennes et maritimes du Pakistan, il attire l'attention sur ses missiles balistiques polyvalents Hatf ou Shaheen, tout comme aux avions d'attaque adaptés pour des bombardements nucléaires, sans oublier les lanceurs navales de missiles de croisière Babur-2 et Babur-3 à bord des bâtiments de surface et des sous-marins et qui peuvent délivrer des charges nucléaire.

 

Le programme nucléaire du Pakistan remonte aux débuts de la compétition avec l’Inde dans les années 50 du siècle passé. En 1965, le président pakistanais Zulfiqar Ali Bhutto, avait déclaré: "Si l’Inde fabrique la bombe, nous mangerons l’herbe ou les feuilles d'arbre, nous supporterons la faim, mais nous aurons notre bombe. "

 

L’Inde a testé la première bombe baptisée "Le Buddha Souriant" en mai 1974, plaçant la région sur la voie de la prolifération, alors le Pakistan a entamé le processus d’assemblage du combustible nécessaire aux armes nucléaires, à l’uranium enrichi et au plutonium.

 

Abdul Qadir Khan, un scientifique pakistanais qui travaillait en Occident et qui est rentré dans son pays en 1975, a été particulièrement utile dans ce programme. Il il a travaillé sur les plans de centrifugeuses pour commencer le processus d'enrichissement et disposait d'une liste de contacts importante.

 

Nous ne savons pas quand le Pakistan a achevé réellement la fabrication de la première bombe nucléaire. L'ancienne présidente Benazir Bhutto, la fille de Zulfikar Bhutto, a affirmé que son père lui avait dit que la première bombe était prête en 1977. Un membre de la Commission pakistanaise de l'énergie atomique a déclaré que la bombe avait été conçue en 1978 et qu'elle avait été "testée froidement", donc sans explosion réelle, en 1983.

 

Benazir Bhutto a par la suite affirmé que les bombes nucléaires du Pakistan avaient été stockées jusqu'en 1998, année où New-Delhi a testé six bombes nucléaires en l'espace de trois jours. Près de trois semaines plus tard, Islamabad teste cinq bombes en un jour et une sixième trois jours plus tard.

 

La première bombe, estimée entre 25 et 30 kt, pourrait être une bombe à l’uranium enrichi. La seconde bombe est estimée à environ 12 kilotonnes et la troisième est hectotonnique c'est à dire qu'elle a généré une puissance de moins d'un kilotonne.

La sixième et dernière bombe, également de 12 kilotonnes, semble avoir été testée dans un contexte différent. Les américains ont prétendu savoir que c'était une arme nucléaire à base de plutonium.

 

Comme le Pakistan travaillait sur une bombe à l'uranium et que les recherches du réseau d'Abdul Qadeer Khan concernaient des bombes à l'uranium, certains observateurs extérieurs ont conclu que le sixième test était en fait un test nord-coréen car à l'époque, Pyongyang ne voulait pas franchir le pas ouvertement et se proclamer puissance nucléaire.

 

Les experts estiment que les stocks nucléaires du Pakistan augmentent régulièrement. En 1998, le stock était estimé de cinq à vingt-cinq bombes, en fonction de la quantité d’uranium enrichi nécessaire à chaque bombe. On estime qu'Islamabad dispose aujourd'hui d'un arsenal de 110 à 130 ogives nucléaires. En 2015, sa capacité de production est estimée à raison de vingt bombes par an, ce qui signifie que le Pakistan pourrait rapidement devenir la troisième puissance nucléaire du monde quantitativement.

 

Les armes nucléaires d'Islamabad sont sous le contrôle du MSPS la Section de la planification militaire stratégique et sont principalement stockées dans la province du Penjab. Dix mille soldats pakistanais et agents des services de renseignement gardent ces armes. Elles ne sont munies du code d'activation qu' à la dernière minute, ce qui empêche leur emploi en cas de vol ou mutinerie.

 

Il ne fait aucun doute que la doctrine nucléaire pakistanaise vise à dissuader l'Inde, son voisin qui est plus puissant sur les plans démographique et quantitatif. La crise nucléaire a été exacerbée par l'inimitié historique entre les deux pays et les guerres multiples qu'ils se sont livrées.

 

Contrairement à l'Inde et à la Chine, le Pakistan n'a pas pour principe "de ne pas utiliser en premier" les armes nucléaires et se réserve le droit d'utiliser des armes nucléaires, en particulier des armes nucléaires tactiques à faible puissance, pour compenser la supériorité numérique de l'Inde sur les forces conventionnelles.

 

Islamabad possède actuellement une "triade" nucléaire composée de systèmes de lancement terrestres, aériens et navales. La PAF aurait modifié en 1995 des avions de combat F-16A Falcon et probablement des vieux Mirages dont certains ont été achetés d'occasion au Liban, pour les transformer en bombardiers nucléaires tactiques, employables contre des cibles militaires à haute valeur stratégique tel qu'un porte-avions ou une division blindée ennemie .

 

Les systèmes de lancement nucléaire de surface du Pakistan se présentent sous la forme de missiles. De nombreux modèles sont inspirés des modèles chinois et nord-coréens. La gamme de missiles mobile Ghori comprend le Hatf 3 à propergol solide de 180 km de porté, la fusée Hatf-4 de 466 km et Hetf-5 à carburant liquide de 1250 km. Le SCRS croit qu’à partir de 2014, le missile Hetv-6 d’une portée de 2000 km, serait probablement en service. Le Pakistan met également au point un missile Shahin-3 de moyenne portée capable d’attaquer des cibles jusqu’à 1700 km, afin de frapper les îles de la baie du Bengale.

 

La composante maritime de la dissuasion nucléaire du Pakistan est constituée de missiles de croisière de type Babur. La dernière version, le Babur-2, ressemble à la plupart des missiles de croisière modernes avec un ensemble de quatre petites ailes arrière et deux ailes principales courtes, le tout alimenté par un turbo-jet. Le missile de croisière a une portée maximale de 700 km. Au lieu du guidage GPS, qui peut être désactivé par le gouvernement américain, le Babur-2 utilise la technologie de navigation par comparaison difficile à brouiller. La nouvelle version Babur-3, a été testée en janvier.

 

Il est clair que le Pakistan développe une capacité nucléaire forte qui peut non seulement dissuader contre une invasion, mais aussi mener une véritable guerre. Si le rythme envisagé par les expert est maintenu à cette cadence, la « Terre des Purs » autrement dit le Pakistan, pourra devenir la troisième puissance atomique mondiale dans environ 10 ans.

 

 

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