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TARSANA ترسانة

Actualité de la défense et des industries militaires du Moyen-Orient اخبار الدفاع و الصناعات العسكرية في الشرق الاوسط

Israël empêche la France de vendre des avions Rafale à l'Irak

Israël empêche la France de vendre des avions Rafale à l'Irak

En 2020, le ministre irakien de la Défense Jumaa Inad a annoncé qu'il y avait une volonté de contracter avec la France pour acheter des chasseurs Rafale

Après que la ministre française de la Défense Florence Parly a effectué une visite officielle en Irak le 27 août 2020, où elle a convenu avec le ministre Inad de coopérer dans le domaine militaire, le ministre irakien a, à son tour, effectué une visite officielle en France, où il a rencontré son homologue à Paris

Selon un communiqué du ministère de la Défense, le ministre irakien a ajouté que le seul but de sa visite en France est de renforcer les capacités de l'armée irakienne avec les dernières armes et équipements, et a expliqué qu'il existe une volonté de conclure l’achat des avions Rafale de quatrième génération produit par la France.

Mais jusque-là, cette étape ne s'est pas concrétisée, et aucun accord n'a été conclu, même pas un accord de principe, malgré le besoin urgent de l'Irak pour ce type d'avions avancés et multitâches. Pourtant, chacun sait désormais que la France cherche à promouvoir ses avions dans le monde de manière soutenue depuis des années.

L'Irak possède actuellement 36 avions F-16 Falcon et s'appuie sur des chasseurs légers, tels que l'avion d'entraînement et d'attaque coréen T-50, et le turbopropulseur T-6 inspiré de l'avion brésilien A-29 Super Tucano, en particulier le Sukhoi-25 russe, dans ses opérations CAS d’appui au sol. En plus de l'aviation, l'armée irakienne s'appuie sur des hélicoptères d'attaque russes et américains.

Ces capacités semblent très modestes par rapport à ce dont disposait auparavant l'armée irakienne. Ici apparaît le besoin de l'Irak de développer sa flotte aérienne, d'autant plus que les escadrilles de F-16 offrent peu de disponibilité car leur maintenance est confiée à une société privée américaine, opérant à la base aérienne d'Al-Balad, où se trouve le neuvième escadron irakien équipé de ces chasseurs.

 De plus, le F-16 irakien est l'un des anciens modèles et n'a pas de grandes capacités d'interception aérienne car il n'était équipé que pour le soutien aérien et les bombardements. Il est évident que Washington n'aurait pas livré de chasseurs capables d'intercepter les avions d'attaque israéliens qui ont bombardé à plusieurs reprises des sites en Irak sous le contrôle des Forces de mobilisation populaire. Même dans le domaine du soutien et de l'attaque, l'armée de l'air irakienne s'est appuyée sur les avions Sukhoi-25, dont certains ont été importés d'Iran après le balayage par l'EI de vastes zones du pays.

Contrairement au Sukhoi-25 Frogfoot, le Falcon américain n'est pas destiné à voler à basse altitude à basse vitesse et ne possède pas de blindage léger qui protège contre les DCA jusqu'au calibre 23 mm. Le F-16 n'étant pas blindé, il est obligé de voler à haute altitude. Bagdad n'a pas obtenu de moyen de ciblage précis pour ces chasseurs, ce qui signifie que l'avion vole haut et n'a pas de ciblage précis, donc son bombardement ne sera pas efficace et il ne pourra pas opérer dans des zones peuplées car il causera des dommages collatéraux. Nous pouvons conclure que les anciens Sukhoï russes ont montré une plus grande efficacité que leur homologue américain.

L'armée irakienne dispose d'un budget de défense important et de capacités d'achat qui lui permettent de se procurer les avions les plus récents et les plus chers au monde. Elle a tout intérêt à  cela, vu les capacités avancées de ses voisins.

La raison de la réticence de Washington à répondre aux demandes de Bagdad est claire : il n'a jamais caché son engagement à garantir la supériorité qualitative d'Israël, comme l'ont déclaré à plusieurs reprises tous les présidents américains successifs. Quant aux raisons qui empêchent Paris de procéder à ce deal, elles ne semblent pas évidentes à première vue. La France essaie toujours de vendre le Rafale partout dans le monde et le propose à de nombreux pays.

Cette question a généré plusieurs théories, notamment qu'il existe des pressions externes sur les décideurs français. Logiquement, il n'y a pas d'autre justification, mais je ne suis pas enclin à l'idée que les États-Unis bloquent cet accord pour quatre raisons principales :

Premièrement, Washington ne peut pas demander effrontément à Paris de ne pas vendre d'armes à Bagdad alors qu'elle leur vend des armes pour des milliards, Paris considérera cela comme un monopole commercial. D'autant plus qu'il existe d'autres pays qui n'hésitent pas à répondre aux exigences de Bagdad.

Deuxièmement, l'État irakien jouit d'une reconnaissance internationale et n'est pas soumis aux sanctions de l'ONU, et l'Irak n'est plus classé comme un ennemi de l'Occident.

Troisièmement, les avions français n'incluent pas de composants américains, de sorte que les USA ne peut légalement s'opposer à la vente, comme c'est le cas avec certains autres produits européens.

Quatrièmement, si la Maison Blanche était celle qui a fait obstruction à cet accord, la France aurait été motivée pour le conclure, après la trahison et le poignard commercial américain lié à l'accord sur les sous-marins australiens.

Pour toutes ces raisons, Washington ne peut bloquer l'opportunité française. Le seul pays qui considère l'armement de l'Irak comme une menace future potentielle est l'État juif, Israël.

Ce n'est un secret pour personne du poids des relations franco-israéliennes et de l'impact de l'influence israélienne sur ces relations. La France compte la plus importante communauté juive d'Europe et est influente dans le tissu social, économique et culturel français. Ces institutions forment naturellement l'épine dorsale du lobby pro-israélien.

Il y a peut-être des pays du Moyen-Orient qui ne veulent pas d'un voisin irakien fort, mais ils n'ont pas les outils de pression dont Tel-Aviv dispose à Paris.

La conclusion de cette conclusion est que la France n'exportera très probablement pas le Rafale en Irak à cause de l'intervention israélienne. Les options qui s'offrent à Bagdad dans ce cas sont de se tourner vers l'est. Cela signifie que les options les plus réalistes sont les chasseurs chinois et russes. L'option russe est plus probable, car la plupart des chasseurs chinois de quatrième génération sont propulsés par des réacteurs russes, et Moscou s'opposera probablement à l'exportation. Quant à l'idée d'acquérir des chasseurs occidentaux alternatifs, comme le suédois Saab Gripen ou l'européen Typhoon, elle est difficile à obtenir car elle contient des composants américains.

C'est peut-être la présence de ces options en Irak qui poussera la France à accepter finalement. Ni Washington ni Paris ne veulent que l'Irak rejoigne l'axe oriental. D'autant plus que la Syrie à l'ouest et l'Iran à l'est se fournissent en armes sino-russes, ce qui pourrait conduire à une interaction coopérative entre ces pays voisins.

Peut-être que les pressions internes du lobby des industriels concernés forceront le gouvernement français à accepter la vente en raison de considérations économiques.

Ce qui motive encore plus les Français, c'est que le Rafale a déjà été exporté vers trois pays arabes, à savoir l'Egypte, le Qatar et les Emirats, en grande quantité, ce qui a constitué un boom des demandes pour Dassault et ses filiales ou sous-traitants.

Quel est le secret du succès du Rafale à l'exporter malgré son prix élevé et le fait qu'il s'agisse de la quatrième génération ++, et non de la cinquième ? Quelles sont ses spécifications techniques et ses caractéristiques ? Nous essaierons de répondre dans un second article prochainement, afin de pouvoir développer le sujet davantage.

 

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