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L'Armée Libanaise gagne en notoriété et conçoit ses propres armes

 L'emblème du Jaysh (l'Armée Libanaise)La victoire de l'armée libanaise, une leçon à retenir 

La fin de la bataille entre Fateh-el-Islam (supposée affiliée à Al-Qaïda) et l'armée libanaise a été concrétisée par l'élimination radicale des premiers. Son issue n'étonnera personne, car tout le monde s'attendait à voir l'armée triompher du mouvement terroriste, par contre la conclusion des combats qui ont duré 106 jours, a été pour le moins surprenante.

L'Armée Libanaise était jugée trop souvent comme un outil rouillé, une armée pléthorique et inefficiente à plein d'égards, pourtant elle s'en est sortie haut la main. Personne ne prévoyait que l'institution militaire nationale saurait gérer aussi habilement cette guerre contre les groupes de jihadistes internationalistes.

Il est vrai que les FAL ont déploré la perte de 168 soldats et officiers, sans parler des blessés, mais au vu de la tache à accomplir, et le nombre de combattants rebelles tués ou arrêtés, ce chiffre de pertes n'est pas disproportionné

Le sens de l'improvisation.

Si on dresse un tableau de la situation au début des évènements, on constatera que les militaires libanais ont accompli une vraie prouesse tactique, autant au niveau opérationnel qu'au niveau des planifications.

Mais le vrai exploit réside dans l'innovation et l'improvisation technique, pour palier à un certain manque dans le domaine aérien et navale. Pour simplifier, il s'agissait pour les militaires de fabriquer localement ce dont ils avaient besoin, pour moins dépendre des approbations étrangères sur la fourniture.

Pourtant face à ces miliciens fanatiques qui ont su s'établir lourdement dans le camp de Naher-el-Bared à l'extrême nord du pays à partir du début de 2006, les FAL n'étaient pas préparés. Tout comme dans le passé le commandement a su éviter la politisation de son institution et la garder ainsi presque à l'écart durant la guerre civile, il n'a jamais eu non plus à contrer une insurrection armée, menée par des miliciens ou plutôt devrait on dire des mercenaires pseudo islamistes, en majorité étrangers.

L'handicap dû au manque de moyen.

Un T-55. Le 1er et 2ème régiment blindé alignent environ 250 chars de cette vieille génération.

 

Le manque d?équipements récents, de munitions et de pièces de rechange était criant chez les militaires qui sont encore doté de M-16 et utilisant des chars T55 et M-48 largement âgés et dépassés. Par contre les miliciens internationalistes eux, n'avaient pas de carence en matériels et munitions. Certains d'eux étaient équipés de gilet par balle dernière génération, des systèmes de communication sécurisée et possédaient même des équipements optroniques modernes tel que des viseurs et jumelles de vision nocturne. Tous ces équipements ont été probablement financés et même livrés par une certaine puissance arabe du Golfe, qui a discrètement introduit cet élément perturbateur pour le Liban en s'aidant de ses alliés libanais proches des familles féodales du pétrodollar.

L'armée n'était pas préparée, mais les décisions et les directives opératoires qui ont été prises, ont permis aux forces régulières du Liban de triompher et de s?imposer comme le garant de la sécurité nationale. Elle a surtout réussi là où certaines armées bien plus puissantes ont échoué dans la région.

 

 

 

 

L'expérience libanaise en matière de guérilla urbaine.

 La bataille de Nahr-el-Bared était une guerre urbaine des plus typiques.

 

 

 

Sans vouloir pousser la comparaison trop loin, il est raisonnable de faire une parallèle avec les guerres urbaines qui ont eu lieu ou qui ont encore cour actuellement dans la région, notamment en Iraq ou plus près en Palestine, rien que pour les tactiques de milices urbaines adoptées. Or les forces nationales libanaises avec leur modestes moyens ont réussi à éliminer définitivement ce mouvement armé, tandis que ni les américains ni l'armée iraquienne et encore moins Israël n'ont réussi à maitriser les rebelles ou insurgés qui les harcèlent et attaquent depuis des années. Il faut souligner cependant qu'une organisation terroriste comme Fateh-el-Islam, n'a rien en commun avec une résistance légitime tel que les mouvements armés palestiniens ou iraquiens qui cherchent à bouter dehors un envahisseur étranger et qui sont issus d'une volonté ou d'une nécessité populaire.

A cette comparaison, on pourrait me rétorquer qu'elle est disproportionnée, car les américains ou les israéliens ont affaire à des organisations et mouvements bien plus conséquents, plus puissants et d'un autre poids, sans parler du fait que certains de ces mouvements bénéficient d?appuie politique et d'une large assise populaire. C'est vrai, mais il faut également admettre que l'armée libanaise n'a pratiquement pas de moyens comparativement à Tsahal, ni même à l'armée iraquienne. En plus, il s'est avéré que les combattants étrangers du F-e-I, étaient très bien formés et disposaient de facilités dans certains milieux civiles qui leur bénéficiaient logistiquement. Car ces combattants étrangers savaient user de largesses matérielles afin de rallier des sympathisants à leur cause, grâce au pétrodollar arabe, le financement était assuré.

Les combats qui ont duré près de quatre mois, se sont déroulés sur un mode opératoire de guérilla urbaine auquel les populations du Moyen-Orient deviennent hélas trop coutumières. Le théâtre des opérations représente un échiquier de 14 Km carré, avec une très haute densité démographique (le bidonville de Naher-el-Bared compte plus de 30'000 habitants). Les foules sont sorties dans les rues dès que l'armée a pacifié le camp, pour applaudir les soldats. Les foules sont sorties dans les rues dès que l'armée a pacifié le camp, pour applaudir les soldats.

 

 

 

 

l'Armée, très populaire au Liban a été accueuillie avec triomphe par la population.

Cette densité de population civile composée surtout de réfugiés palestiniens, explique en partie la lenteur de l'avance de l'armée qui a cherché d'une manière visible et évidente, à éviter autant que possible les pertes collatérales, ce qui a encore renforcé sa popularité chez les libanais qui ont manifesté spontanément leur allégeance à leurs soldats, en sortant dans les rues pour féliciter leurs militaires et les convier aux fêtes organisées par des associations et différentes localités et communes (il est vrai que les soldats engagés dans la bataille, sont pour une grande partie originaires et natifs.de cette région du nord du Liban, ce qui explique la complicité des citoyens de cette zone avec leur armée) l'Armée, très populaire au Liban a été accueuillie avec triomphe par la population. La precision du feu du 1er et 2ème R.Artillerie, a été cruciale.

 

Alors comment l'armée libanaise a procédé pour réussir ?

La precision du feu du 1er et 2ème R.Artillerie, a été cruciale.

 

 La precision du feu du 1er et 2ème R.Artillerie, a été cruciale.

 

Durant les premières phases des opérations une fois le camp encerclé, la priorité des militaires allait à l'évacuation des 30'000 civiles.

L'armée a vite compris que pour arriver à en finir avec ces combattants retranchés, elle allait devoir les réduire complètement avec un déluge de feu concentré. Pour cela il fallait évacuer le camp, mais ce n'était pas chose aisée car autant les civiles, les soldats et même les ambulances étaient pris pour cible par les miliciens du camp qui tenaient à maintenir leur bouclier humain autour d'eux.

Il était hors de question d'envoyer les soldats déloger les insurgés en combat rapproché, car ce serait un désastre en perte humaine. En effet tous les accès du bidonville étaient tenus ou surveillés par les miliciens et absolument tout objet était piégé par des charges explosives. Ce sont justement ces pièges explosifs qui causé le plus de pertes au départ des opérations, lors des assauts dans les immeubles et bâtiments. Même les cadavres d'animaux et les jouets, étaient piégés racontent les soldats, ce qui a nécessité l'intervention des techniciens et démineurs du génie presque systématiquement à chaque raid.

L'armée avait déployé un hopital de théatre dans la zone, mais les blessés grave étaient évacués par hélico sanitaire.

 

On estimait le nombre des miliciens retranchés à environ 500 ou 700 combattants, un chiffre plausible, sachant que le dernier jour de combats l'armée a comptabilisé plus de 200 éléments arrêtés et 220 autres tués, mais ce n'était qu'un chiffre provisoire en attendant de relever les décombres. Une telle présence hostile dans un milieu aussi confiné que le bidonville de Naher-el-Bared, nécessitera un déploiement massif des troupes dans la région. Les FAL ont dû mettre le paquet.

Le bombardement des positions des rebelles par les unités du 1er et 2ème Régiment d'artillerie, ne pouvait pas suffire à éliminer l'ennemie, malgré l'emploie de canons de 155mm ou 130mm, car le camp appartenant dans le passé aux Fédayins palestiniens, a été entièrement conçu pour résister à un assaut de l'armée israélienne. Lorsque Fateh-el-Islam a évincé les anciens maitres du camp, ils ont hérité de toutes les infrastructures et fortifications du . Des tranchés, des galeries de tunnels sous-terrain et des abris fortifiés pullulent à l'intérieur du camp, ce qui rendait les bombardements de l'artillerie soutenables pour les retranchés.

C'est à ce moment des hostilités, que le besoin d'un vecteur aérien s'est fait nécessaire, mais l'armée libanaise ne dispose plus de bombardiers ou d'avions d'appuie au sol encore opérationnels. Ses vieux avions de chasse Mirage sont cloués au sol faute de pièces de rechange. En attendant les quelques chasseurs Tornado et quelque vieux F-5 Tiger promis par l'Arabie Saoudite, il fallait se contenter des moyens du bord.

Gazelle Hot. Les FAL en possedent une douzaine.

 

Improviser un bombardier, l'UH-1B

Un Huey UH-1H, avant d'être transformé

 

Pour la première fois depuis des décennies, les Forces Aériennes Libanaises ont eu recours à des frappes air-sol, en employant ses hélicoptères d'attaque Gazelle, équipées de canons 20 mm ou de missiles filoguidés Hot qui ont permis de traiter des objectifs d'une façon précise à une distance de 4 km. Mais le manque d'un avion capable de fournir une plus grande charge d'attaque, restait problématique. Car le seul moyen pour parvenir à réduire les fortifications souterraines, restait la bombe aérienne lourde.

De là est venue l'idée de transformer les hélicoptères de transport de troupes UH-1H, en bombardier UH-1B, capable de larguer deux bombes LAF-GS-ER2 de 250 kg et une bombe LAF-GS-ER3 de 400 kg, toutes de fabrication et conception nationale. Un concept original et plutôt unique, car les adaptations et modification à apporter sont conséquentes. Ce projet a abouti dans les ateliers de l'armée grâce à la collaboration, entre les techniciens du Génie, les ingénieurs des forces aériennes et le Régiment de Travaux Indépendant.

La transformation d'un Puma aurait peut être permis l?emport d'une plus grande charge utile, mais si le choix a été arrêté sur les UH-1, c'est surement parce que l'armée en possédait un bien plus grand nombre et qu'ils sont tout à fait opérationnels car ils ont été remis à niveau très récemment, peut être même modernisés. Les Forces Aériennes disposent d?environ 25 Huey-UH-1, mais n'a pas précisé combien de ces appareils ont été transformés en bombardier UH-1B. Quand aux modifications apportées, elles concernaient surtout l'intégration à l'intérieur de l'aéronef d'un réservoir de pression pneumatique de 200 bars, alimentant les circuits des fixations des points d'emports. Ces points de fixations fonctionnent pour le largage avec une pression de 10 bars. Ceux des bombes de 250 kg, ont été disposés sur les structures de charge latérales, rajoutées sur les deux flancs de l'appareil, tandis que la fixation de la bombe 400 kg, a été placée dans l'axe de l'hélicoptère sous le ventre, ce qui a nécessité une élévation de l'appareil et sa dotation de patin plus haut. Il a fallu également renforcer le plancher de l'appareil par une plaque d'aluminium renforcée qui est isolée du plancher par une couche élastomère pour amortir les vibrations transmises aux structures de bras porteur. Le pilote pouvait effectuer le largage en actionnant une commande de distributeur électropneumatique de 28 Voltes, qui libère les pistons des circuits.

Les bombes LAF-GS-ER

 La bombe LAF-GS-ER

 

La plupart des bombes aériennes de l?armée, datent des années soixante et sont par conséquent hors d?usage. Cette donne a forcé les militaires de faire fabriquer localement des bombes sur mesures et de leur propre conception. Deux modèles ont cependant été uni formalisés, l'ogive de 250 kg la LAF-GS -ER2, contenant 100kg d?explosifs et l'ogive LAF-GS-ER3 pesant 400 kg dont 120 kg d'explosifs.

 

Les foules sont sorties dans les rues dès que l'armée a pacifié le camp, pour applaudir les soldats.

 

Ces bombes larguées à une vitesse de 135 km/h et une altitude de 3000 pieds, atteignent une vitesse de 270 km/h à l?impact. Larguées à une distance de 650m de la cible, elle met 14 secondes environ à l'atteindre. Une hélice fixée en tête du fuselage, se déploie lors du lancement et inflige une rotation de 1800 tours/min à la bombe, ce qui confère au projectile un angle optimal au percuteur à l'impact. L'emploie d'un guidage GPS assure à la frappe une grande précision avec un ECP de 10m seulement et ceci en plein nuit, par un temps nuageux. Il est donc possible d?améliorer encore le score.

Une arme décisive pour les soldats libanais, cette bombe. Son effet a été dévastateur pour les mercenaires intégristes, qui ont vu leurs fortifications complètement soufflées. Les forces aériennes ont dû effectuer plus d'une centaine de sorties en moins de 20 jours.

La vedette rapide d'interception PHENIX-55. Le constructeur libanais Lenco-Marine, en a déjà éxporté pour la Jordanie

 

La Marine aussi innove et achète libanais. e navire de débarquement d'infanterie de marine. La Marine Libanaise en possedent deux  Une des unités offertes par les Emirat à la marine libanaiseLe Régiment d'Infanterie de MarineLe Phenix-55 a une vitesse de 45 noeuds grâce à ses 1800 chLa Marine a participé très activement aux combats

 

Toujours dans le cadre des combats contre les insurgés, la Marine a participé massivement aux opérations et sa contribution a été influente également. Outre la participation des commandos marine et les plongeurs de combat aux assauts, la Marine a assuré le blocus maritime autour du théâtre des opérations pour parfaire le siège et empêcher toute fuites, renforts ou ravitaillement des miliciens étrangers. Les patrouilleurs de la marine ont d'ailleurs intercepté et éliminé un bon nombre de combattants en fuite dans la mer, la marine a également épaulé les soldats avec les tirs de ses canons depuis la mer. Ses unités en face du littoral ont essuyés aussi des tirs de mortier venant du camp, mais ont pu les éviter en se mouvant permanemment.

Les moyens lourds de la marine sont encore plus limités que ceux des autres corps. Elle dispose principalement de deux navires de débarquement d?infanterie et de blindés de fabrication française, de 7 patrouilleurs Tracker d'origine britannique et de 30 vedettes rapides. On peut ajouter à ce lot, les deux corvettes de patrouille en haute mer de 45m, offertes par l'Allemagne. Mais selon le comandant de la marine, le général major Boutros Abi-Nasr, les Forces Navales Libanaises ont surtout besoin de plus caméras de surveillance infrarouge plus récente, capable non seulement de désigner des cibles, mais de les identifier clairement, complétant ainsi le dispositif de surveillance radar couvrant tout le littoral. Elles ont aussi besoin d'armement à plus longue portée.

Ce fut une grande surprise d'apprendre, que le commandement navale a opté pour l'achat de nouveaux patrouilleurs rapides, de construction nationale, le Phénix-55. C'est bien la première fois que l'armée fait appel à l?industrie libanaise. Le fabriquant en question, la branche défense de la société Lenco-Marine, avait déjà vendu un exemplaire du Phénix-55 aux gardes-côtes jordaniens. Cette vedette d?interception munis d?une propulsion de 1800 ch., peut atteindre une vitesse de croisière de 45 noeuds, de quoi lui conférer une grande réactivité. Aucune précision n'a été donnée concernant sa dotation en armement, mais on peut supposer qu'il sera équipé d'un canon 23mm ou d'un poste de missile guidé tel que Milan ou Tow. La conception de ce bateau, parait générer une faible signature radar, ce qui lui permet d'opérer des incursions plus furtives. Son prix unitaire est de l'ordre de 650'000$.

Le mot clef du succès, la coordination interarmes

 Ce ne sont pas ces acquisitions de matériels, aussi bienvenues soient elles, qui ont garanti la victoire définitive sur les terroristes, mais la planification adéquate des opérations qui se sont déroulées en six phases, avec professionnalisme.

-La première phase des opérations consistait à encercler le camp par voies terrestres.

-La 2ème, était évidement d'évacuer le maximum de civiles (et ultérieurement, l'armée a réussi à convaincre les insurgés de laisser partir leurs propres familles).

-La 3ème, devait renforcer le siège, en instaurant un blocus maritime. Les militaires ont également travaillé à libérer des axes de communications.

-La 4ème, a vu l'armée divisé le terrain des opérations dans le camp, en petits quadrillages à investir carré par carré, sous couvert de l'appuie de l'artillerie et du feu des chars.

-La 5ème a vu l'intensification des frappes lourdes de l'artillerie et surtout de l'aviation.

-La 6ème phase a vu la conclusion, avec le lancement d'un raid massif, un assaut final pour nettoyer toute persistance de groupuscule ou d'unité retranché.

Les Forces Armées Libanaises, avaient déployé environ 3'000 soldats dans la zone de combat, soit l?équivalent d'une brigade. La majorité de ces effectifs était fournie par la 5ème Brigade d'Infanterie, mais plusieurs formations issues des régiments spécialisés, ont également participé à la bataille.

Ainsi le fameux Régiment des Maghawir (commandos), le Régiment des Commandos Marine, des sections de différents régiments d?intervention et des unités du Régiment Aéroporté, ont constitué le fer de lance dans cette guerre asymétrique.

Une victoire rendue possible grâce à la collaboration et la coordination précise entre ces différentes unités d'élite et les autres corps et formations armés. Une synchronisation entre les techniciens du Génie et du Déminage, les chars qui s'occupaient de traiter les snipers ennemies, l'artillerie qui a dû se surpasser en précision pour éviter de toucher les siens qui se trouvaient souvent à peu de metres de distance de l'ennemie, sans oublier la Marine et les forces aériennes qui s'occupaient également du ciblage et du traitement d'objectifs.

 

 

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